Prospective

Impacts

Le paiement électronique n'est pas en soi une révolution des moeurs. Cette révolution est engagée depuis longtemps avec le développement de l'outil informatique et de sa mutation en télématique. Cette mutation depuis longtemps prophétisée, fut longtemps ralentie par les monopoles de l'industrie informatique. Son impact sera sans doute de même nature que celui de l'informatisation en général:

Les deux évolutions combinées favorisent la constitution de micro entreprises consacrées uniquement à leur savoir-faire. Au fur et à mesure de l'évolution des techniques, on assiste à la réduction des coûts d'interface entre les acteurs économiques. Avec des interfaces moins onéreuses, la production pourra se subdiviser pour amener les échanges à des produits toujours plus élémentaires et des paiements toujours plus morcelés. Les transactions financières sur Internet seront un pas franchi dans cette évolution.

Le choix des commerçants

C'est une évidence, les commerçants ont intérêt à offrir la plus grande variété possibles de modes de paiement. La sélection se fera en fonction des coûts, essentiellement des coûts d'investissement, mais pas seulement.

Commerce traditionnel

Proposé par tous les fabriquants de navigateurs, c'est à dire disponible gratuitement, le standard SET s'imposera naturellement pour toutes les transactions par carte bancaire, crédit ou débit. Le procédé va développer le marché des paiements par carte de crédit en ouvrant la voie du magasinage mondial. Les cartes de distribution, celles qui sont exclusives à un réseau de commerçants connaîtront vraisemblablement un grand essor, car le passage à l'électronique réduit significativement les coûts de mise en place.

Commerce électronique

Le commerce électronique va sans doute intégrer la logique du commerce traditionnel, donc adopter les mêmes principes:

Être vu
Le premier souci du commerçant est de toucher sa clientèle. Quand il en a les moyens, il va à la rencontre du public par une action publicitaire, mais le plus souvent, il doit se contenter d'être présent là où sa clientèle a des chances de se trouver. Sur Internet, il s'agit bien entendu d'être présent (càd. abondamment pointé) à travers le Web. Avec le développement du commerce électronique, se développeront les répertoires Web (pages jaunes) du type Yahoo, et les galeries marchandes proposant des attractions pour attirer le chaland.
Vendre
Quand il a réussi a intéresser le client a son produit, le souci du commerçant est naturellement de conclure l'action et de déclencher le paiement. Nous revenons alors à notre propos pour exposer une contrainte fondamentale: Le procédé de paiement doit être immédiatement disponible.
Dans les étapes précédentes, le client était un internaute de base, qui se promenait innocemment sur le Web comme tout un chacun aujourd'hui. Peut-être n'avait-il au départ aucune intention d'acheter quoi que ce soit. Sa motivation d'achat ne doit pas alors être refroidie par une procédure trop complexe (du type « téléchargez un logiciel » ou « changez de navigateur »). Le bouton « j'achète ! » doit être là, présent à portée de souris (ou de télécommande) et fonctionner parfaitement.

Seront retenus par les commerçants électroniques, les procédés qui fonctionneront sur tous les navigateurs et seront activables à tout moment, instantanément et sans préalable. Les exigences de qualité pour ce type d'application dépassent sans doute tout ce qui est proposé aujourd'hui. La conformité aux normes est essentielle. On peut penser qu'un commerçant qui investit dans un système exigera une conformité certifiée.

Fournisseurs télématiques

Rôle des opérateurs télématiques

On ne trouve que très rarement mentionné l'avenir des réseaux à valeur ajoutée. Il est vrai que le principe s'oppose à celui d'Internet, réseau très ouvert que personne ne contrôle. En fait, il me semble que le contrôle existe et qu'il s'intensifie:

Ces deux types d'opérateurs, peuvent proposer aux fournisseurs télématiques d'effectuer la facturation de leurs abonnés. Les fournisseurs télématiques y trouveront un mode de facturation très économique, et une présence dans la « galerie marchande » de l'opérateur en question.

Procédé technique

Le système est très simple si le fournisseur est connecté par le réseau privé de l'opérateur, ce qui ne l'empêcherai d'ailleurs pas d'être également visible sur Internet. Dans le cas ou la connexion du fournisseur est indépendante de l'opérateur, on se retrouve dans un schéma à trois partenaires (fournisseur, client et opérateur) sur un réseau ouvert. C'est sans doute une bonne application pour un procédé du type Kerberos. L'opérateur est en effet tout désigné pour mettre en oeuvre le serveur de clefs, ce qui lui permet de facturer en même temps qu'il distribue les tickets.

Futur du logiciel

Gratuité

Pour les fabriquants de logiciels, l'enjeu demeure d'imposer leurs standards auprès des professionnels. Le fait nouveau est l'importance prise par Internet, qui oriente tous les standards vers le navigateur Web ou ce qui en tiendra lieu dans le futur. A titre d'exemple, on voit comment aujourd'hui les langages et les modèles d'objets sont conditionnés par le Web. Imposer un standard, c'est donc diffuser le plus largement possible dans le grand public un navigateur supportant ce standard. Le logiciel client sera donc gratuit (et de bonne qualité).

Normes

Pour les protocoles de sécurisation et de paiement, aucun standard propriétaire ne s'imposera, car toutes les solutions sont déjà proposées dans le domaine public. On peut déjà affirmer que SET sera proposé sur tous les navigateurs, ainsi que S-HTTP. SSL ne fait pas l'unanimité, mais s'avérera peut-être nécessaire dans le futur.
De la même manière que SET s'est imposé dans le domaine du paiement par cartes contre les initiatives de Microsoft , aucun nouveau procédé ne s'imposera que s'il est publiquement accessible et adopté à la fois par les principaux fabriquants et par les intervenants du milieu.

Il apparaît qu'en atteignant le grand public, l'informatique se voit exposée à des contraintes sans commune mesure avec celles qu'elle connaissait dans le domaine professionnel.

Dans le sillage des navigateurs

Par la très grande diffusion que l'on peut prévoir pour les navigateurs SET et S-HTTP et SSL, les choix techniques préférentiels qu'ils contiennent (cryptage, signature et certificats) s'imposeront comme des standards, employés pour d'autres applications comme le courrier sécurisé, l'identification des usagers, les anti-virus, etc.… Les composants logiciels correspondants devraient se diffuser rapidement.

L'algorithme RSA est plébiscité dans les trois normes, ce qui est une excellente affaire pour la compagnie RSA Data Security, détentrice du brevet jusqu'en l'an 2000. Cette compagnie est en droit de réclamer des droits d'utilisation pour tous les navigateurs qui l'intègrent. Gageons qu'elle n'en fera rien pour ne pas freiner la diffusion des navigateurs.
Ici encore, le navigateur sera le promoteur d'un standard.

Internet récupérable ?

Le volume d'argent qu'Internet est un jour susceptible de transporter est inimaginable. Ça peut représenter la moitié de l'argent en circulation dans le monde, considérant que le reste est échangé en liquide et en personne. Un prélèvement infime sur cette masse, assurerait à son bénéficiaire des profits vertigineux. Cela donne l'envie à plus d'un de récupérer le réseau à son profit.

Imaginons un opérateur d'envergure mondiale, offrant gratuitement à ses abonnés, un terminal et un service télématique donnant accès à l'Internet, tout en s'imposant comme intermédiaire pour les paiements de ses abonnés. Il est probable qu'il attire à lui une grande partie du public, donc des commerçants. Cette stratégie devient rentable dès lors que le coût de la fourniture de l'accès à Internet (connexion, matériel et logiciel) devient faible par rapport au volume d'affaire qui se traite dedans. Personnellement, je verrais bien dans le rôle, une compagnie n'appartenant ni à l'informatique, ni aux télécommunications, mais possédant l'expertise financière;Visa par exemple.


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